Le Canard enchaîné plombe Air Lib


Une bonne partie de la journée d’hier, la nouvelle a tourné en boucle sur l’écran de LCI. Rassurons tout de suite Pascal Perri, directeur de cabinet et porte-parole d’Air Lib, afin qu’il n’organise pas un 15 août une conférence de presse fantôme, s’il est encore dans notre île, ou ne saute dans un avion pour revenir accuser “Le Journal de l’île” “de propos mensongers”.

Si Pascal Perri a rejoint la capitale, nous l’invitons à se rapprocher rapidement du kiosque à journaux le plus proche de son domicile afin de faire l’acquisition du “Canard Enchaîné,” édition du mercredi 14 août.

A la Réunion, il faudra patienter jusqu’à demain mais nous nous sommes procuré en avant-première l’article que “Le Canard” consacre à la situation d’Air Lib.

Afin de couper par avance aux spéculations fumeuses dont Pascal Perri a le secret, sachez que le point de départ des investigations du “Canard Enchaîné” n’est pas les articles consacrés par “Le Journal de l’Ile” à l’affaire. Notre confrère parisien a mené son enquête avec des moyens qui ne sont pas les nôtres mais aboutit à la même conclusion.

Le 8 août dernier, nous avions titré : “La mort d’Air Lib”. Avec le ton humoristique qui a bâti sa réputation, “Le Canard Enchaîné” affiche mercredi : “Plus d’issue de secours pour les avions d’Air Lib” et enchaîne : “Le gouvernement refuse d’aider la compagnie qui doit trouver d’urgence 150 millions d’euros. Quant aux 2 500 salariés, ils ont intérêt à s’équiper de parachutes”.

Pendant presque une semaine, Pascal Perri a battu la campagne réunionnaise répétant à qui voulait l’entendre que les écrits du “Journal de l’Ile” étaient un tissu de mensonges qui creusait la tombe de sa compagnie. Il sera intéressant de voir comment lui et la direction d’Air Lib réagiront à l’article du “Canard Enchaîné” où l’on peut lire : “Si la chute de Corsair est — momentanément ? — écartée, en revanche, la crise menace Air Lib. Avec des conséquences sociales fort lourdes puisque le groupe risque ni plus ni moins de se crasher avec 2 500 salariés à bord”.

Pascal Perri s’était montré localement fort discret sur le contenu des deux audits se bornant à affirmer : “Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, le nouveau gouvernement a voulu obtenir des informations financières et stratégiques précises sur la compagnie. Le premier audit, souhaité par le ministère des Transports a mis en lumière trois éléments : premièrement qu’Air Lib Express est un succès incontestable et doit permettre à l’entreprise selon ses auteurs d’accéder à une logique économique vertueuse. En second lieu, l’audit souligne que le moyen-courrier international et notamment la liaison avec l’Algérie devrait tenir ses promesses. Air Lib gagne aujourd’hui de l’argent sur l’Algérie. Enfin le rapport rappelle que la desserte des régions d’outre-mer est structurellement déficitaire… Le second rapport a été demandé par le ministère de l’Économie et des Finances et avait pour objet de faire le point sur les flux financiers entre la société mère et ses filiales. Il conclut que la gestion de notre président est exempte de reproche et que les fonds émanant des anciens partenaires suisses ont été affectés intégralement au redéploiement de la compagnie “.

” Près de 500 emplois à supprimer “

De toute évidence, Pascal Perri n’a pas la même lecture des audits que les ministères parisiens intéressés par le dossier d’Air Lib.” Le patron d’Air Lib, Jean-Charles Corbet, a reçu le 31 juillet une lettre fort désagréable du ministère des Finances, révèle “Le Canard Enchaîné”. Ce courrier reprend les conclusions des deux audits effectués par les cabinets Mazars et KPMG à la demande du gouvernement et remis aux ministres le 15 juillet. Il en ressort que la compagnie qui a accumulé plus de 60 millions d’euros de dettes en moins d’un an aura un trou de 25 millions d’euros dans sa trésorerie à l’automne prochain. Elle sera alors incapable de faire face à ses nouvelles échéances sans un nouvel appui extérieur. Or à en croire la lettre de Bercy, le temps des largesses gouvernementales est révolu. Par ailleurs, Air Lib doit si l’on ajoute foi aux rapports d’audit procéder à une sévère restructuration si elle veut survivre. A savoir, licencier une bonne partie de son personnel, réduire puis moderniser sa flotte d’avions, une quarantaine de coucous vieux et trop coûteux. Coût de l’opération selon l’un des cabinets d’experts (KPMG), 60 millions d’euros et près de 500 emplois à supprimer. Soit un salarié sur cinq à mettre au rancart. Au total, Air Lib devra donc trouver très rapidement près de 150 millions d’euros pour sortir du trou d’air. “

On est loin des propos lénifiants et rassurants de Pascal Perri. La situation d’Air Lib est d’autant plus préoccupante que le torchon brûle entre elle et le gouvernement. Nous l’avions écrit, Pascal Perri nous avait ri au nez par procuration.” Ces relations ont évolué. En arrivant au ministère des Transports, Dominique Bussereau a voulu savoir quelle était la situation réelle de l’entreprise et il a obtenu les informations qu’il demandait notamment par le biais des audits. La semaine dernière encore, le ministre de l’Outre Mer nous a renouvelé sa confiance en confirmant son souhait de privilégier les compagnies qui existent déjà dont Air Lib.”

Effectivement, Air Lib a eu longtemps table ouverte au ministère des Transports mais c’était en d’autre temps quand le drapeau rouge flottait sur le- dit ministère comme le rappelle” Le Canard Enchaîné “. “Le précédent ministre communiste des Transports, Jean-Claude Gayssot, n’avait pas ménagé ses efforts pour mettre aux commandes de la compagnie un ami à lui. A savoir Jean-Charles Corbet, ancien pilote syndicaliste à Air France et proche du PC. Avec comme cadeau de bienvenue, un moratoire de toutes les charges sociales et taxes aéroportuaires dues par Air Lib : soit 30 millions d’euros à ce jour. Comme cela ne pouvait suffire, Gayssot avait obtenu de Fabius, alors ministre des Finances, un prêt de 30 millions d’euros destiné à la compagnie dont la moitié prélevée sur le 1% logement et les crédits de la Sécurité Routière. A quoi s’ajoutait une petite obole de 150 millions d’euros versés par Swissair afin que les créanciers d’Air Lib acceptent de n’entamer aucune poursuite “.

” Le Père Noël, c’est fini “

Cette époque bénie est révolue.” Le Canard Enchaîné “raconte comme nous l’avons fait, l’unique rencontre entre Jean-Charles Corbet et Dominique Bussereau, nouveau secrétaire d’État aux Transports.” L’entrevue a duré une petite demi-heure. Le ministre lui avait dit en substance : “le père Noël c’est fini. Il va falloir que vous prouviez que vous pouvez vivre autrement que sous perfusion”. Au gouvernement, c’est aujourd’hui le silence radio. “Air Lib est une de mes grandes préoccupations” concède Gilles de Robien, ministre de l’Équipement et à ce titre patron de Bussereau. Plus explicites, des conseillers de Robien confient en privé : “Nous laissons une dernière chance à Corbet. A lui de la saisir. Nous ne voulons pas étrangler Air Lib”.

En clair, le gouvernement ne sciera pas la branche sur laquelle est assise Air Lib mais cette dernière ne peut désormais compter que sur elle-même et sur d’éventuels investisseurs prêts à mettre au pot. Ils ne se bousculent pas aux portillons. La seule porte à laquelle la compagnie a pu frapper autre que celle de l’État est celle des collectivités locales, notamment à la Réunion mais qui ne semblent pas faire preuve d’un enthousiasme débordant (voir par ailleurs).

Non, décidément, Air Lib est terriblement isolée. “Quant à la restructuration, il va bien falloir que l’État nous aide, sinon qui va payer ?” se demande Pascal Perri. “Le ministère des Finances a accepté de reporter à novembre le remboursement par Air Lib le prêt de Bercy qui était prévu en juillet”, répond “Le Canard Enchaîné”. “Mais pour le reste, régime sec. Le moratoire des charges sociales et aériennes (environ 30 millions d’euros à ce jour) est annulé. Et à l’avenir, il faudra régler 60 millions par an de cotisations et de taxes. Enfin, Corbet est sommé de réunir les 60 millions d’euros nécessaires à la restructuration de la compagnie”.

Air Lib a incontestablement des atouts dans son jeu mais ce qui va la perdre c’est le boulet financier qu’elle traîne derrière elle. Comment pourra-t-elle trouver en quelques semaines 150 millions d’euros ?


Droit de réponse

Airlib est en vie et le restera. Clamer sa disparition pour faire fuir ses clients et capter son fond de commerce ne suffira pas à expédier son redécollage.

Dans son édition datée du jeudi 8 août 02, “Le journal de l’île” a publié un article sur la disparition présumée d’Airlib sous le titre caricatural et provocateur “la mort d’Airlib”. Ce titre laissait supposer au lecteur que l’article contenait des éléments nouveaux sur la situation de la compagnie de nature à en interrompre l’activité dès le mois de septembre. L’article publié par “Le JIR” contient des informations glanées dans différentes publications dont certaines sont caduques ou incorrectes et des prétendues révélations sur un projet aérien “ultra confidentiel” entre Paris et les DOM.

La société Dexxair a reçu un avis favorable du CSAM en janvier dernier pour des vols charter sous réserve d’apporter des garanties financières. A ce jour, les garanties en question n’ont pas été fournies. La société Dexxair est en réalité une coquille vide dirigée par Bernard Balkou, un homme d’affaires connu dans le milieu du transport.

C’est ce même Bernard Balkou qui avait déposé des projets de reprise pour Air Liberté puis AOM et Air Toulouse. Dans cette dernière affaire, M. Balkou n’avait pas été capable de présenter de “lettre d’évidence de fonds” et son dossier comme dans les autres affaires avait été rejeté par la justice commerciale. Le nom de M. Balkou est abondamment cité dans la faillite de la compagnie Belair au début des années 2000. Dans cette dernière affaire il est d’ailleurs poursuivi pour abus de bien social. Les promoteurs du projet Dexxair ne sont donc pas des chevaliers blancs du ciel. On peine à croire qu’après tant d’échecs, ils aient été retenus par les pouvoirs publics pour porter le grand projet de développement du transport aérien entre la métropole et les DOM.

La publication d’un article malveillant et surtout mal documenté dans “Le Journal de l’île” a donné l’occasion aux pouvoirs publics de réaffirmer leur position de principe dans le dossier de la desserte aérienne de l’outre-mer. Contactés par téléphone à plusieurs reprises dans la journée du 8 août 02, les responsables présents au ministère de l’Outre-mer nous ont précisé que la position du ministre Madame Girardin restait de “consolider l’acquis”. Ils ont ajouté que les représentants de Dexxair avaient été reçus à leur demande il y a quelques mois par un conseiller technique mais qu’ils ne pouvaient se prévaloir d’aucun soutien du ministre ou du ministère.

De façon générale, la rédaction de l’article intitulé La mort d’Airlib a créé volontairement la confusion dans l’esprit du public et c’est d’ailleurs ce qui fonde son caractère malveillant. Quelques exemples : le rapport est “ultra confidentiel” mais il l’est à la demande des responsables de Dexxair et pas sur ordre de l’administration ou des pouvoirs publics. Certains lecteurs ont pu croire que les citations placées entre guillemets sont celles de responsables politiques. Il n’en est rien puisqu’elles ont été extraites du document remis par Dexxair et qui n’engage évidemment que ses auteurs.

En marge des polémiques inutiles qui couvrent en réalité des intérêts personnels, Airlib poursuit sa route. Contrairement à ce qui est exprimé dans l’article du “JIR”, le code share avec Air France n’a pas été dénoncé. Ses modalités particulières d’application se discutent en ce moment même. Airlib poursuit normalement son activité. Ses titres de transports actuels et à venir seront honorés. Dans un paysage aérien qui bouge, Airlib affirme plus que jamais sa vocation à devenir la compagnie de l’outre-mer et un outil adapté au service de la mobilité des jeunes.

Pour faire valoir ses intérêts Airlib a décidé de saisir la justice pour obtenir réparation du préjudice subi. Elle informe ses clients que ses vols sont et seront assurés normalement en septembre et pour longtemps contrairement à ce que laisse croire “Le Journal de l’île”

NDLR


La mise au point de la direction d’Air Lib appelle un certain nombre de commentaires.

Etat financier de la compagnie : Pascal Perri, directeur de cabinet et porte-parole d’Air Lib est le premier à reconnaître que : “Les liaisons vers les DOM-TOM posent en revanche un problème et accusent un lourd déficit. A défaut de restructuration, des adaptations seront nécessaires”. Quant aux dettes de la compagnie, elles ne sont un secret pour personne. Air Lib doit énormément d’argent à Aéroports de Paris en terme de taxes d’aéroport impayées, à l’Ursaff (8 millions d’euros de charges impayées) sans compter le prêt de 30 millions d’euros consentis par les pouvoirs publics pendant l’ère Gayssot. Le 1er août dernier dans un courrier interne destiné à ses employés, Jean-Charles Corbet, indiquait : “S’agissant du moratoire sur les charges, nous sommes actuellement engagés dans une négociation pour en obtenir des conditions adaptées à notre capacité de remboursement. Enfin le prêt octroyé par l’État en janvier (prêt FDES) a été renouvelé pour quatre mois et pourrait se transformer en prêt de restructuration avant la fin de l’année”. Rien de réglé donc et la menace que les pouvoirs publics présentent à tout moment la facture plane bel et bien au-dessus d’Air Lib comme le confirme l’article du “Canard Enchaîné” (Lire par ailleurs).

Dossier Dexxair : nous laissons à la direction d’Air Lib son appréciation sur cette compagnie qui souhaite s’implanter sur la desserte des DOM. Si elle avait lu plus attentivement notre article du 8 août dernier, elle se serait aperçue que les citations extraites du dossier reflétaient le discours des porteurs du projet. Ces derniers ont effectivement rencontré non seulement la ministre de l’Outre-Mer mais aussi des conseillers de l’Elysée et du ministère des Finances, Dominique Bussereau, secrétaire d’État au Transport, M. Baghet, conseiller pour le transport à Matignon et le directeur de cabinet du président d’Air France. Ce sont les promoteurs du projet qui se targuent d’avoir le soutien des pouvoirs publics.

Code-share avec Air France : la direction d’Air Lib ne donne que le volet officiel et public de cette affaire. Le 8 août dernier, nous faisions état d’un courrier adressé par M. Bernard d’Air France à M. Gautherie D’Air Lib : “Nous accusons réception de vos courriers des 22 et 30 juillet derniers par lesquels vous nous informez de votre décision de mettre un terme à vos dessertes au départ de Roissy, des escales de Fort-de-France et de Pointe-à-Pitre d’une part et de l’escale de Saint-Denis de la Réunion d’autre part à compter des 8 et 10 septembre prochains jusqu’à la fin de la saison IATA en cours (NDLR fin octobre). Nous prenons bonne note de cette décision unilatérale, mais nous vous rappelons qu’elle est contraire aux engagements contractuels que vous avez pris en mars dernier pour la saison IATA 2002 aux termes de l’annexe A. A défaut nous vous rappelons qu’en application des dispositions de l’article 13.3 de notre accord de partage de code, notre partenariat prendrait fin à l’issue de la saison IATA en cours “. Comme nous l’écrivions, le divorce d’Air Lib avec Air France est bel et bien dans l’air.