Plus d'issue de secours pour les avions d'Air Lib


Le gouvernement refuse d'aider la compagnie qui doit trouver d'urgence 150 millions d'euros. Quant aux 2500 salariés, ils ont intérêt à s'équiper de parachutes...

AU moment où la septième compagnie aérienne mondiale, US Airways, se déclare en faillite, le trou d'air fatal menace deux autres transporteurs, certes beaucoup plus modestes, mais opérant en France. Si la chute de Corsair est - momentanément ? - écartée, en revanche, la crise menace Air Lib. Avec des conséquences sociales fort lourdes, puisque le groupe risque, ni plus ni moins, de se crasher avec 2 500 salariés à bord.

Le patron d'Air Lib, Jean-Charles Corbet, a reçu, le 31 juillet, une lettre fort désagréable du ministère des Finances. Ce courrier reprend les conclusions de deux audits effectués par les cabinets Mazars et KPMG à la demande du gouvernement, et remis aux ministres le 15 juillet. II en ressort que la compagnie, qui a accumulé plus de 60 millions d'euros de dettes en moins d'un an, aura un trou de 25 millions d'euros dans sa trésorerie à l'automne prochain. Elle sera alors incapable de faire face à ses échéances sans un nouvel appui extérieur. Or, à en croire la lettre de Bercy, le temps des largesses gouvernementales est révolu.

Par ailleurs, Air Lib doit, si l'on ajoute foi aux rapports d'audit, procéder à une sévère restructuration, si elle veut survivre. A savoir, licencier une bonne partie de son personnel, réduire puis moderniser sa flotte d'avions, une quarantaine de coucous vieux et trop coûteux. Coût de l'opération, selon l'un des cabinets d'experts (KPMG), 60 millions d'euros et près de 500 emplois à supprimer. Soit un salarié sur cinq à mettre au rancart. Au total, Air Lib devra donc trouver rapidement près de 150 millions d'euros pour sortir du trou d'air. Car, et c'est une note optimiste, la compagnie conserve des atouts. Notamment ses vols à prix cassé, qui mettent Nice à 29 euros de Paris, ou encore ses lignes vers l'Algérie, dont les débuts sont fort honorables. Mais ces lendemains enchanteurs ne sont pas pour demain : selon son porteparole, Pascal Perri, Air Lib enregistrera cette année à nouveau un lourd déficit.

Camarade patron

Le précédent ministre communiste des Transports, Jean-Claude Gayssot, n'avait pas ménagé ses efforts pour mettre aux commandes de la compagnie un ami à lui. A savoir Jean-Charles Corbet, ancien pilote syndicaliste à Air France, et proche du PC.

Avec, comme cadeau de bienvenue, un moratoire de toutes les charges sociales et taxes aéroportuaires dues par Air Lib : soit 30 millions d'euros à ce jour. Comme cela ne pouvait suffire, Gayssot avait obtenu de Fabius, alors ministre des Finances, un prêt de 30 millions d'euros destiné à la compagnie. Dont la moitié prélevée sur le 1 % logement et les crédits de la Sécurité routière. A quoi s'ajoutait une petite obole de 150 millions d'euros versée par Swissair, afin que les créanciers d'Air Lib acceptent de n'entamer aucune poursuite. Notamment contre les Suisses et le coactionnaire (majoritaire) d'Air Lib, le baron Seillière.

Ministre réfrigérant

Le 5 juin, le pédégé d'Air Lib, Jean-Charles Corbet, a été reçu par Dominique Bussereau, le sous-ministre aux Transports, dans une " ambiance glaciale ", selon un témoin. " L'entrevue a duré une petite demi-heure. Le ministre lui a dit en substance "Le Père Noël, c'est fini. Il va falloir que vous prouviez que vous pouvez vivre autrement que sous perfusion". "

Au gouvernement, c'est aujourd'hui le silence radio. " Air Lib est une de mes grandes préoccupations ", concède Gilles de Robien, ministre de l'Equipement et, à ce titre, patron de Bussereau.

Plus explicites, des conseillers de Robien confient en privé " Nous laissons une dernière chance à Corbet. A lui de la saisir. Nous ne voulons pas étrangler Air Lib. " Et pour cause, outre une catastrophe sociale de première grandeur, si Air Lib disparaissait, il faudrait trouver un repreneur pour les lignes vers les Antilles et la Réunion, car Robien l'a promis: en aucun cas Air France ne restera seul à desservir ces destinations.

Sans compter le danger qui a nom Easy Jet. Cette compagnie britannique à tarifs réduits qui fait peur à Air France demande à cor et à cri des droits d'atterrissage supplémentaires à Paris. Difficile de continuer à les lui refuser, si Air Lib met la clef sous la porte, libérant ainsi 60 000 créneaux horaires pour atterrir.

Le ministère des Finances a accepté de reporter à novembre le remboursement par Air Lib du prêt de Bercy qui était prévu en juillet. Mais, pour le reste, régime sec. Le moratoire des charges sociales et aériennes (environ 30 millions d'euros à ce jour) est annulé. Et, à l'avenir, il faudra régler 60 millions par an de cotisations et de taxes. Enfin, Corbet est sommé de réunir les 60 millions d'euros nécessaires à la restructuration de la compagnie. Bon vent!

Optimisme aux commandes

Il en faudrait plus pour refroidir l'optimisme des dirigeants d'Air Lib. " La compagnie a commencé à gagner de l'argent cet été, et son exploitation sera équilibrée à partir de mars prochain ", assure son porte-parole. A l'en croire, il y a même mieux: " Swissair nous doit encore 60 millions d'euros, et nous avons toutes les chances de les récupérer en justice. La situation se présentera alors bien différemment. " Les sceptiques, eux, estiment que la dette de Swissair est moins élevée et que, de toute façon, cette compagnie n'existe plus.

Le porte-parole d'Air Lib évoque enfin des " négociations en cours " avec les élus des départements d'outremer afin d'obtenir des subsides permettant de financer les vols long-courriers vers ces destinations. " Quant à la restructuration, ajoute-t-il, il va bien falloir que l'Etat nous aide, sinon qui va payer ? "

On s'en doutait un peu depuis le changement de majorité : la direction d'Air Lib et le ministère des Transports ne sont plus sur la même ligne.